On reçoit en ce moment pas mal de messages de gens qui demandent où en sont les casques, et c’est bien normal. Bientôt, il y en aura sûrement un dans la rue pour nous arrêter avec un "c’est lui le mec des casques ?". Heureusement, les huissiers ne sont pas encore passés, et on n’a pas fait faillite non plus, pas encore. Les casques qu’on attendait depuis un bail sont en train d’être expédiés aux clients :D
On a essayé de répondre à tout le monde, mais avec la “polémique des aides de BusinessFinland”, le ton des messages est devenu plus agressif depuis que quelqu’un nous a repérés nous aussi dans les listes d’aides publiées.
On a essayé de nous faire chanter avec de l’attention négative sur les réseaux, et certains ont soupçonné qu’on avait une motivation secrète pour garder les casques au chaud au lieu de les livrer aux clients.
Le volume de retours accumulés se mesure peut-être au fait que le tout premier salarié de l’entreprise a été embauché pour gérer le service client, parce que les associés n’ont tout simplement plus le temps de répondre à tout le monde.
À ce stade, le mieux est sans doute de tout raconter franchement et de laisser chacun juger par lui-même.
Contexte
L’an dernier, on a développé des casque anti bruit, qu’on a pu mettre en vente en fin d’année. Le développement et les premières commandes ont été financés sur nos deniers perso, avec des prêts garantis personnellement, parce qu’en 2018 le business n’était pas franchement énorme. Les casques, et aussi les aspirateurs, les robots tondeuses et tout le bazar, se sont très bien vendus l’an dernier, et au final il nous est resté le bénéfice princier de 71 000 euros, quand l’entreprise n’avait littéralement aucun frais.
Les associés ne se versaient pas de salaire, l’entrepôt c’était notre propre maison, et il n’y avait pas d’autres coûts que le développement produit. On voulait qu’il reste au moins un peu d’argent dans la boîte pour pouvoir faire avancer le business. Le rêve, c’était qu’un jour ça puisse devenir notre boulot et notre gagne-pain.
Comme tout l’argent gagné en 2019 allait être bloqué au printemps dans une commande de casques, on a décidé de laisser les canaux de vente ouverts et d’autoriser les précommandes. Avec le recul, c’était sans doute une idée de merde, parce que c’est là que tout a commencé à partir en vrille.
Le corona débarque par surprise
D’abord, il y a eu le Nouvel An chinois, pendant lequel toute la Chine communiste ferme boutique. En Finlande, on n’a même pas eu un tel arrêt pendant l’état d’urgence. On s’était mis d’accord sur l’affaire et sur le prix, mais la vraie commande ne pouvait être passée qu’après le Nouvel An.
Bon, les Chinois nous promettaient les casques pour fin février. Ensuite, la merde a commencé à frapper le ventilo pendant que les gens commandaient de plus en plus de casques. La Chine a fermé d’un coup, et on n’avait plus aucune info fiable sur les livraisons. Le fabricant nous promettait des livraisons en mars, alors qu’elles étaient prévues au départ pour février.
On a envoyé aux clients une première info par e-mail et sur Facebook au sujet des retards dus au coronavirus le 3.2. On y disait que “de nouveaux casques pourront être commandés au plus tôt le 9.2., et le délai de livraison sera d’un mois avec un peu de chance, plus si on n’en a pas”.
On a communiqué une deuxième fois sur les retards le 11.2. À ce moment-là, on ne pouvait toujours pas commander, et “on pourra en livrer davantage au plus tôt fin mars, selon la rapidité avec laquelle la Chine pourra revenir à un fonctionnement normal”.
On a communiqué une troisième fois le 15.2., en annonçant que de nouveaux casques arriveraient au plus tôt fin mars. Cette info reposait sur ce que le fabricant nous disait des délais de livraison. Avant, les délais avaient tenu, mais dans cette situation ils étaient trop optimistes, et nous on les a crus.
Franchement, personne au monde n’aurait pu deviner à quel point le corona allait tout chambouler.
Les délais bougent tout le temps
Une fois les usines chinoises rouvertes, la production a finalement redémarré début mars, et le 19.3 on a informé que “la production tourne à plein régime”. À ce moment-là, on attendait l’arrivée des produits pour la semaine du 1er avril, donc début avril. Là aussi, il y a eu des retards par rapport à la normale, parce qu’il a fallu attendre tous les composants. Logique, nos sous-traitants en Chine et les fabricants de composants du pays avaient eux aussi été mis à l’arrêt en février.
Normalement, tous les casques commandés sont livrés en une seule fois. Comme on était pressés et un peu en panique, on a demandé aux Chinois d’envoyer d’abord les casques déjà prêts, puis le reste juste derrière, quel qu’en soit le prix. Le 26 mars, on a informé les clients de ça et on a prévu que le premier lot arriverait dans la première moitié d’avril, et le second à la fin d’avril.
Le 8 avril, on a compris que la fabrication n’était pas le seul problème. Comme les vols réguliers étaient annulés et que le monde entier commandait des masques comme des malades, on avait maintenant du mal à trouver du transport. Les casques attendaient depuis fin mars une place libre dans un avion-cargo pour pouvoir arriver en Finlande.
Bonus, les transporteurs nous ont fait le coup de Caruna et ont doublé les prix du transport par simple annonce unilatérale. On a informé les clients de tout ça le 8.4.
Le premier lot nous est finalement arrivé le vendredi 17.4., et les casques de ceux qui attendaient depuis le plus longtemps ont pu être postés dès le lundi. Le reste du premier lot devrait être expédié pendant cette semaine, aussi vite qu’on arrive à les emballer et à les envoyer. Ce lot devrait couvrir les commandes jusqu’à la seconde moitié de mars.
On devrait recevoir plus de casques la semaine prochaine, après quoi le stock sera à un niveau permettant une expédition directe depuis l’entrepôt. Et vous pouvez être sûrs que, à l’avenir, ces casques seront vendus uniquement depuis le stock disponible.
L’argent du corona
Comme le business d’une entreprise ne peut pas, ou ne devrait pas, reposer éternellement sur un seul produit, on développe en permanence de nouveaux produits et services, exactement comme n’importe quelle jeune boîte.
On a cherché du financement auprès d’investisseurs, d’établissements financiers et de banques. Au final, on a dû financer nous-mêmes les dépenses précédentes de développement avec un prêt dont on ne savait même pas comment il serait remboursé, et ça a quand même valu le coup.
Pour les investisseurs, c’est idiot d’aller se battre contre des géants comme JBL, Sony et compagnie, et dans notre business il n’y a rien de sexy. Du point de vue de la banque, la seule manière d’obtenir de l’argent, c’est de vendre les gosses en esclavage, hypothéquer la maison et signer avec son sang un papier qui garantit une éternité de servitude pour dettes si tout part en sucette. Malgré ça, on a quand même pris un prêt bancaire avec notre propre garantie.
En mars sont arrivées les fameuses aides corona de BusinessFinland, celles qui font tant de bruit en ce moment. On ne veut pas se prononcer sur le fait que certaines aides aient été mal utilisées ou demandées sur des bases douteuses, mais notre conscience est tranquille. Quand l’État a commencé à verser, on a mis un seau dessous.
BusinessFinland a annoncé proposer une aide maximale de 100 000 euros pour des projets de développement dont les coûts peuvent aller jusqu’à 125 000 euros. La condition était que l’épidémie de corona ait affecté l’activité de l’entreprise de façon significative, et le but était de développer de nouveaux business ou de nouveaux modes de fonctionnement qui “améliorent les possibilités de l’entreprise dans la situation de perturbation causée par le corona et après celle-ci. Les mesures doivent viser de nouvelles solutions pour l’entreprise en lien avec les produits ou la production”.
De la lotte de Finlande
Comme décrit plus haut, notre activité a été très vulnérable. En pratique, on dépend de la Chine, dont la fermeture à cause du corona a failli foutre en l’air tout le business, sans même parler des problèmes logistiques causés par le corona.
Le projet de Valco a pour but de mettre sur le marché des produits qui ne dépendent pas des mêmes circuits d’approvisionnement et de tenter de lancer une production en Finlande. Exactement comme BusinessFinland l’entendait avec ce financement.
Oui, exactement. Notre objectif a depuis le début été de pouvoir être fièrement un fabricant finlandais. On n’en a pas eu les moyens jusqu’ici, et on ne les a toujours pas seuls, mais on a déjà ouvert des discussions avec plusieurs partenaires potentiels. En Finlande, il n’existe tout simplement pas encore l’infrastructure adaptée pour faire ça. Mais avec d’autres entreprises, on peut y arriver.
Notre objectif, c’est qu’à l’avenir on ait nos propres produits Valco, conçus en Finlande et fabriqués ici ou ailleurs selon le modèle, de bonne qualité mais quand même accessibles à n’importe qui. C’est peut-être une idée complètement barrée, mais c’est la nôtre.
Grâce à BusinessFinland, on a pu acheter du design finlandais pour notre prochain modèle, et ça a permis d’embaucher deux personnes en développement produit ainsi qu’une troisième au chômage de longue durée, des recrutements qu’on n’aurait jamais osé faire autrement.
Il ne s’agit même pas de courage lié au corona, mais du fait qu’on ne veut embaucher personne si on n’est pas sûrs de pouvoir payer son salaire. Un entrepreneur est toujours responsable du bien-être de ses employés.
Les entrepreneurs eux-mêmes tirent encore leur revenu principal d’ailleurs, parce qu’on regarde tout ça sur le long terme. Et puis on a nous-mêmes déjà vécu le moment où on commence un boulot et où, surprise, le travail s’arrête parce que l’entreprise n’a plus de quoi payer. Valco Oy ne sera jamais ce genre d’employeur.
En plus de la production locale, et hors Chine, le financement de BusinessFinland sert aussi à développer une activité totalement nouvelle et complètement différente, qui sera du business export à 100%. Là aussi, si le projet avance aussi vite, c’est entièrement grâce à BusinessFinland. On en reparlera sûrement plus tard.
Est-ce que ça vaut encore le coup de faire quoi que ce soit ici ?
Pour une raison ou une autre, toutes les réactions que les entreprises ont reçues d’une certaine petite minorité bruyante ne donnent pas vraiment envie de développer quoi que ce soit ici, dans notre chère Finlande. Ça donne surtout envie de faire une Pentti Köyri.
Heureusement, la majorité de nos clients et de ceux qui nous suivent sont des gens intelligents, et comprennent à quel point presque toutes les entreprises sont dans une situation compliquée dans un contexte mondial pareil.
On vit une situation extraordinairement rare, le genre de truc qu’on ne voit peut-être qu’une fois dans sa vie. Le corona sera probablement l’expérience la plus marquante de notre génération.
Le monde entier (sauf la Suède) est en situation exceptionnelle, et le fret aérien double de prix chaque semaine, alors même que le prix du pétrole est devenu aujourd’hui négatif pour la première fois de toute son histoire !
Même si ça fait peur, on est reconnaissants que ce ne soit pas une crise militaire, mais une crise civile.
Quoi qu’il en soit, on vous aime bien, et on espère que vous resterez avec nous dans cette aventure. On essaie de stabiliser l’activité de Valco, d’embaucher plus de gens et de développer un truc aussi bizarre que la fabrication de casques en Finlande.
ps. si aucune des infos précédentes ne vous est arrivée, ça vaut peut-être le coup de suivre notre liste e-mail.
pps. Je revends cette boîte dès que quelqu’un l’achète, mais personne ne l’achètera de toute façon, parce que ce business n’a absolument aucun sens.

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